Trois jours de patouille
Atelier au Musée régional d'art contemporain de Sérignan
Comment conserver la fraîcheur, la crudité des gestes de modelage? Transmettre le plaisir, l’énergie de ces gestes? La terre se transforme indéfiniment au grès des idées et des manipulations. Comment donner à voir ces formes dans la précarité de leur apparition? Le plaisir vient pour beaucoup de la plasticité de la terre, elle est un peu sale, tache, boue liquide, elle glisse entre les doigts, dégouline, s’échappe. Parfois, il faut lutter à coup de maillet car elle sèche et résiste. La table de travail/ d’exposition, est maltraitée. Elle conserve la trace des manipulations terreuses, des changements de formes et d’états. Chaque transformation est tout de suite photographiée. Ainsi cristallisée, il est possible de la montrer et de passer à la suivante…
En Juin, septembre 2012, j’ai eu l’opportunité de participer à une résidence avec l’association Artelinéa des artistes Maurin et Laspeza, qui a donné lieu à une petite exposition Cru, au Living Room à Montpellier. Dans la prolongation de cette résidence et de mes préoccupations du moment, je propose trois jours de modelage intensif. L’idée est d’être plongé trois jours durant dans la terre, dans tous ses états. Une table recouverte de terre cru, humidifiée en permanence, afin qu’elle ne durcissent pas trop. Chaque proposition sera photographiée, afin d’être ensuite restituée sous forme photographique ou vidéo d’animation, image par image (à déterminer). Cette restitution documentaire d’une série de gestes, côtoiera les tables recouvertes des dernières propositions (sorte de paysage), qui seront elles laissées à l’air, libre de sécher. Cette proposition vient de mes questionnement actuels sur la possibilité de produire des sculptures, des oeuvres volumineuses pour une jeune artiste sans atelier, sans lieux pour stocker. Et d’un point de vue plus large, sur les conditions de productions et de conservations des oeuvres aujourd’hui. Ou encore comment faire de l’art vivant, actif. J’imagine que nous pourrons, afin d’alimenter les envies, nous inspirer librement de la collection du musée. Un peu à la manière dont Fischli et Weiss ont représenté en terre, de manière assez « approximative » et très libre, des chefs d’oeuvres et des monuments historiques. Ce serait une manière de s’emparer des oeuvres du musée, de les désacraliser un peu, de les rendre accessibles.











